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La
vente publique immobilière - Les
raisons d'un choix.
La vente
publique immobilière n'a pas toujours eu bonne presse. Longtemps délaissée et
encore trop souvent associée, dans l'esprit du consommateur, à un ultime expédient
pour réaliser un bien dans des conditions précaires, elle a fait longtemps
figure de vente "liquidation", avec ce que ce mot implique de volonté
de se débarrasser d'un bien, à tout prix, de manière plus ou moins
contrainte, en solde...
Et
pourtant, cette image est fausse car, par définition même, c'est la vente
publique qui est le mode le plus rigoureux, le plus impartial d'établir un
juste prix, pour l'acquéreur comme pour le vendeur, puisqu'elle fait jouer à
plein l'économie de marché, c'est-à-dire la confrontation de l'offre et de la
demande.
"La
vente publique est une des structures de base de la vie sociale : elle s'inscrit
au plus profond de la nature humaine." Cette formule des notaires français,
extraite d'un guide pratique de la vente aux enchères, ne manque pas d'une
certaine grandiloquence, mais n'est pas pour autant opposée à la réalité
historique. C'est vrai en effet que l'origine du marché immobilier se confond
avec celle des sociétés sédentaires. Les Romains pratiquaient la vente
publique sous l'autorité du préteur, en un lieu où l'on plantait une pique,
comme on se servirait aujourd'hui d'une bougie ou d'un marteau. A toutes époques,
cette vente fut l'expression du marché, comme le sont les marchés de village,
les criées, les bourses de valeurs, les salons, les foires.
Les atouts de la vente publique : Juste prix, transparence, rapidité
Lieu idéal de rencontre entre l'offre et la demande où, comme en tous marchés, se forme instantanément la réunion des consentements sur un juste prix, le marché public assure par définition une large transparence aux opérations qui s'y traitent. Les contrats s'y nouent aussi avec une grande rapidité. Il est important ici de développer ces avantages du marché public.
Le juste prix
La
vente publique satisfait aux exigences du marché, dès lors qu'on veille à préserver
ses atouts
- juste prix, transparence, rapidité - par une suffisante
concentration, en un lieu prédéterminé, de biens à proposer à la
vente et de candidats pour les acquérir. Il est évident en effet que si la
vente publique est rare ou occasionnelle, le nombre insuffisant d'amateurs rend
les résultats plus inégaux. Le juste prix est aussi une juste moyenne, la loi
des grands nombres contribue à l'affiner. Plus il y a de ventes publiques,
plus s'instaure un juste prix.
C'est
l'exacte sanction des règles de la concurrence. Le vendeur souhaite obtenir un
prix maximal, il a souvent tendance à surestimer son bien et ses prétentions
l'exposent parfois à ne pas trouver amateur pour une vente de gré à gré. Il
consent à abaisser son prix, et finit souvent par vendre son immeuble dans des
conditions plus défavorables que s'il avait laissé jouer, en vente publique,
la compétition entre amateurs.
L'acquéreur,
lui, poursuit bien entendu un but opposé: acheter au moindre prix. Il n'aura
jamais la certitude d'avoir atteint cet objectif dans une vente de gré à gré,
d'autant moins que la rencontre avec le vendeur se sera faite généralement par
le canal d'un intermédiaire; qu'il le veuille ou non, l'acquéreur aura le
sentiment que la commission de l'agent immobilier a été intégrée dans le
prix de vente.
Si le
vendeur estime que le prix proposé en vente publique est trop faible, il
conserve la possibilité de retirer le bien de cette vente. En revanche, si le
candidat acquéreur estime l'enchère trop élevée, il ne la suit plus et se
retire de la compétition. Par définition même, c'est au juste prix, c'est-à-dire
à l'équilibre raisonnable entre deux intérêts contradictoires que se conclut
l'adjudication.
La transparence
C'est
par définition aussi que la vente est transparente, puisqu'elle est publique.
Une
vente est publique, quand les enchères sont accessibles à tous en un lieu
public, salle de ventes par notaires, salle de fêtes, de sports et même
tavernes où il est d'usage, dans certaines régions, de tenir les
adjudications.
La
vente publique n'est pas du tout synonyme de vente judiciaire (sur saisie, sur
faillite, etc). C'est une idée trop répandue que d'assimiler l'adjudication
publique à la vente forcée. Il y a, Dieu merci, beaucoup de bonnes ventes
publiques volontaires.
Sans
être en faillite, sans être sous le coup d'une saisie, on peut toujours
choisir librement le chemin de la transparence: vendre volontairement, au
grand jour, sans possibilité de dissimulation dans le prix.
La
vente publique est correcte et sincère. Le prix est toujours le véritable
prix. Au bout du compte la moralité de ce mode de réalisation doit
être profitable à tous, n'en déplaise aux nostalgiques des dessous de table.
Puisqu'il y a transparence et puisqu'il y a juste prix, l'administration fiscale
y verra de véritables points de référence; dans les ventes moins sûres
conclues de gré à gré, l'incertitude (et l'angoisse) demeureront de savoir si
l’ inspecteur de l'enregistrement accordera sa bénédiction à un prix qui
pourra toujours demeurer suspect à ses yeux.
Ce
n'est pas que vis-à-vis de l'administration que l'on tente, dans les ventes de
gré à gré, de gauchir les prix, c'est entre les parties elles-mêmes. Le
vendeur, et surtout son intermédiaire, se piquent souvent de fixer un montant
qui ne correspond nullement à la réalité économique; l'acquéreur non averti
risque d'être dupé. Ce n'est que dans le cadre de la vente publique qu'on se
rend compte exactement de la situation du marché.
La rapidité
La
vente publique est plus rapide.
L'acquéreur
trouve plus rapidement un bien, car la publicité des ventes aux enchères lui
permet de connaître les biens offerts. Cette publicité ne se fait pas toujours
pour les ventes de gré à gré; rechercher un bien à vendre en dehors de toute
publicité est une affaire de longue patience, de nombreux contacts avec toutes
sortes d'intermédiaires, c'est donc une perte de temps.
Aux
enchères le vendeur trouve instantanément son acquéreur, l'acte de vente est
dressé sur le champ. Il n'y a pas cette phase d'attente - généralement quatre
mois - entre la signature d'un compromis et la passation d'un acte authentique.
Le
vendeur sera aussi payé plus rapidement. Il ne doit pas attendre ces quelque
quatre mois pour obtenir le paiement intégral du solde. En vente publique,
l'adjudicataire dispose de six semaines pour se libérer.
Comment s'organise une vente publique?
Où
faut-il s'adresser? Que doit faire le vendeur? Que doit faire l'acquéreur?
Conseils pratiques au vendeur
Le
vendeur prend contact avec son notaire. Il lui décrit ce qu'il se
propose de vendre.
Tout
bien immobilier peut être proposé à la vente publique: une terre, un
bois, une maison d'habitation ou de commerce, une villa, un appartement, un
immeuble de rapport, un garage, un bien à usage industriel, un hangar…
Les
biens en indivision sont plus facilement réalisés aux enchères. Les héritiers,
les légataires, les couples divorcés ont intérêt à ce que ces biens soient
vendus le plus rapidement possible pour éviter l'accumulation des charges et
impôts, pour se débarrasser du poids des droits de succession, des emprunts
hypothécaires, etc. Les aléas d'une saisie sont évités.
Dès
qu'il est consulté, le notaire fait procéder à une évaluation du bien
afin de fixer le niveau de prix espéré. Cette évaluation n'implique pas
obligatoirement d'onéreux frais d'expertise. Les notaires ont à leur
disposition une banque de données, leur fournissant des points de comparaison
suffisants pour que l'on discute d'un prix sans faire appel à un expert. Le
budget à mettre en oeuvre est une question de stratégie dans laquelle la décision
appartient au vendeur, conseillé par son notaire.
Il
en va de même pour les frais de publicité: affiches, annonces dans la
presse spécialisée et dans les grands quotidiens, organisation des visites sur
place à certaines heures durant les trois ou quatre semaines qui précèdent la
vente publique.
Sans être impérative, la mise aux enchères (ou à prix) du bien peut être utilisée. Ce n'est pas une offre de vente, mais un point de départ des enchères. Pour que celles-ci démarrent convenablement, la mise aux enchères est fixée autour de 5O ou 75% d’une valeur d'évaluation préalable. C'est une garantie du sérieux avec lequel la vente publique sera abordée, les amateurs ne se dérangeront qu'en connaissance de cause. L'expérience apprend qu'une adjudication a toujours plus de chances de se réaliser quand l'écart est étroit entre la valeur réelle et l'offre minimale: la vraie compétition ne s'instaure qu'à partir d'un certain niveau d'enchères. Le nombre de figurants à une vente publique importe peu pour le succès de celle-ci; c'est la qualité et la détermination de ses acteurs qui comptent.
Conseils pratiques à l'acquéreur
L'acquéreur
doit être informé de l'existence d'une vente publique, des caractéristiques
du bien vendu, des conditions de la vente.
La
tenue même de la vente lui est connue par la publicité qui en est
faite. Dans chaque région en Belgique, il y a au moins un annonceur privilégié
(souvent un journal "toutes boîtes") qui regroupe systématiquement
dans ses colonnes toutes les ventes publiques. Beaucoup de grands quotidiens en
font également état, sans cependant que la liste de ces ventes soit complète,
l'insertion étant ici facultative, au choix du vendeur. Quant aux affiches,
elles sont apposées sur le bien, dans les études de notaire, au siège des
différentes salles de ventes, aux endroits éventuellement réservés pour un
affichage urbain.
Les
visites du bien sont organisées aux heures indiquées sur les affiches
ou dans les annonces, le cas échéant même sur rendez-vous à l'initiative du
notaire chargé de la vente. L'étude a pour devoir de satisfaire au maximum les
interrogations légitimes de l'amateur: description du bien, nature de son équipement
(sanitaire, chauffage), charges mensuelles, servitudes, baux en cours,
prescriptions urbanistiques.
Le
notaire établit un cahier
des charges. Il s'agit de conditions de vente, qui sont largement uniformisées
aujourd'hui, sur les modalités de paiement du prix et des charges notamment.
Ainsi
dûment informé, l'acquéreur est à même de préparer son budget
et de se préoccuper du financement
de l'acquisition qu'il projette. Il dispose dans la plupart des cas d'un délai
de six semaines pour réunir les fonds après l'adjudication, mais il veillera
à prendre contact avec son organisme financier bien avant la vente publique, à
se constituer ses propres points de comparaison, à consulter également son
notaire (qui n’est pas nécessairement le notaire chargé de l'adjudication).
Si le paiement doit dépendre de la réalisation d'un autre bien qui lui est
propre, l'amateur obtiendra éventuellement un « crédit
de pont » ou « prêt de soudure » de son organisme
financier. Toute situation particulière méritera les conseils attentifs des
professionnels.
Le
vendeur et l'acquéreur étant informés, leur rencontre se fera au grand jour
de la séance
publique de vente.
Comment se déroulent les ventes publiques?
Où ont lieu les ventes publiques?
En
tout endroit établi par les usages et annoncé par la publicité, très souvent
en salle des ventes par notaires.
Quand ont lieu les ventes publiques?
Les
dates et heures sont annoncées par la publicité. C'est aux notaires à faire
preuve d'intuition et à organiser au mieux, avec le personnel des salles de
ventes, les horaires adaptés à chaque région, à chaque type de bien.
On
ne vend pas le dimanche et les jours fériés. On peut au besoin le faire le
samedi. Généralement, les séances ont lieu à jour fixe ouvrable, dans l'après-midi,
selon les arrondissements. Un effort particulier est consenti au profit des
vendeurs et acquéreurs de logements familiaux pour que les ventes soient
organisées à une heure où peuvent se libérer ceux qui ont des obligations
professionnelles, c'est-à-dire à partir de 16h.
Vente publique, vente indiscrète?
Il
n'y a absolument rien de gênant à vendre ou à acheter publiquement. Les
habitués savent que les notaires déploient beaucoup d'habileté pour maintenir
les adjudications dans une atmosphère - presque bon enfant - qui devrait
vaincre toutes les inhibitions. Le sérieux qui est mis à ce petit cérémonial
n'implique aucune solennité compassée, le dialogue est permanent, le public
pose ses questions et reçoit ses réponses.
L'anonymat
est même préservé. Les amateurs ont toute latitude, s'il leur répugne de se
découvrir, d'acquérir par un intermédiaire, un mandataire. Tous conseils
peuvent leur être prodigués à cet égard avant la séance.
Déroulement des enchères.
Le
notaire suggère lui-même, au cours de la séance, le rythme proposé pour les
enchères. Il n'adjuge qu'avec l'approbation du vendeur.
Signature
Quand
le bien est adjugé, que le maillet est retombé ou que les derniers feux se
sont éteints, l'anonymat de l'acquéreur est préservé, l'adjudicataire, son
vendeur et le notaire s'isolent. Le procès-verbal - qui tient lieu d'acte de
vente - est signé. Si le bénéficiaire final est un tiers (élection de command),
l'adjudicataire a un délai de 24 heures pour le désigner.
Vente provisoire ou définitive
Une
adjudication peut être provisoire ou définitive.
Elle
est provisoire dans les cas où il y a une séance de vente ultérieure. S'il
l'estime nécessaire, le notaire peut en effet fixer une séance ultérieure à
14 jours au moins et 3O jours au plus de la précédente.
La surenchère
En
revanche, un droit de surenchère
pendant les quinze jours de l'adjudication est fréquemment réservé.
Le
secrétariat de la salle de ventes publie le résultat de chaque vente, en
indiquant la date du procès-verbal d'adjudication. Il appartient au surenchérisseur
de consigner, en temps utile à l'étude du notaire, un montant d'au moins 1O%
du prix principal de l'adjudication, sans que ce montant puisse être inférieur
à 250 € ou doive être supérieur à 6.200 €. La surenchère doit être
signifiée au notaire par exploit d'un huissier, qui sera porteur du montant de
cette surenchère.
S'il
y a eu surenchère, il y aura une nouvelle séance de vente publique par le même
notaire et selon la même procédure que la première adjudication. Cette
nouvelle séance est définitive.
Si
le surenchérisseur ne devient pas l'adjudicataire définitif, le montant qu'il
aura consigné lui sera restitué sans délai; en outre, les frais exposés pour
l'exploit d'huissier par le premier surenchérisseur, même adjudicataire, lui
seront remboursés sur le prix de vente.
Une
certaine diversité, en matière de répartition des frais en vente publique,
subsiste encore à travers les différentes provinces et même à travers les
arrondissements. Le régime ci-après décrit est celui, uniforme, qui a
cours aujourd'hui dans un nombre toujours croissant d'entre eux. Il appartient
au consommateur de s'informer auprès de son notaire pour connaître le régime
qui a cours pour la vente qui l’intéresse.
I. Sont à charge de l'acquéreur
les frais
légaux qui sont inhérents à toute acquisition immobilière, ceux qu'il aurait
à supporter même en cas de vente de gré à gré, c'est-à-dire principalement
le droit
d'enregistrement.
Certes,
le tarif de ces frais est un rien plus élevé en matière de vente publique,
mais l'acquéreur trouve ici une compensation par la transparence que lui
garantit le caractère public de la vente.
Dans
la vente publique avec paiement à terme (cinq jours ouvrables pour les frais,
six semaines pour le principal), un acte ultérieur de quittance est le plus
souvent nécessaire; les frais de celui-ci sont incorporés dans les tantièmes
du tableau ci-contre.
Si le prix est situé, savoir :
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| * Lorsqu'on prévoit l'adjudication d'un bien à un prix inférieur à 20.000 euros, et que ce bien constitue le lot unique de la vente, le notaire est fondé à fixer dans le cahier spécial des charges un autre tantième correspondant mieux à la réalité économique d'une telle adjudication. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
L'acquéreur
pourrait aussi avoir à supporter, comme en vente de gré à gré, d'éventuels
frais de mesurage ainsi qu'une quote-part de frais d'un acte de base ou de
division lors d'une première acquisition d'un bien qui vient de faire l'objet
d'un tel acte de base ou d'une semblable division. Cette hypothèse est
cependant peu fréquente en vente publique.
Les frais sont payables, dans la plupart des cas, dans les cinq jours ouvrables de l'adjudication définitive, (soit dans les 20 jours de l'adjudication, en l'absence de surenchère).
Réduction des frais
Les
pourcentages de frais ci-dessus sont réduits dans les cas suivants:
Acquisition, à titre de partage, par un co-propriétaire indivis, les pourcentages doivent être réduits de 11,50%, là où le droit de mutation est de 12,50% (Région wallonne et Bruxelles), et de 9 %, là où il est de 10% (Région flamande).
Première
acquisition d'un logement dont le revenu cadastral
(non-indexé) ne dépasse pas 745 €, les pourcentages doivent être réduits
de 6,50%, en Région wallonne, et de 5%, en Région flamande.
(Le montant de 745 € ci-dessus est majoré de 100 € si l'acquéreur ou son conjoint ont 3 ou 4 enfants à charge, de 200 €, s'ils en ont 5 ou 6, et de 300 €, s'ils en ont 7 ou plus.)
Les tantièmes devront également bénéficier d’une réduction lorsque l’acquéreur peut prétendre bénéficier d’un régime général d’abattement pour première acquisition d'un logement.
Première
acquisition d'immeubles ruraux dont le revenu cadastral (non-indexé)
ne dépasse pas 323 €, les pourcentages doivent être réduits de
6,50%, en Région wallonne, et de 5%, en Région flamande.
II. Sont à charge du vendeur les frais d'organisation de la vente publique: publicité par annonces et affiches, location de la salle de ventes, organisation des visites.
Ces frais étaient recouvrés jadis à charge de l'acquéreur, en vertu d'une pratique qui relevait plus de la routine que de la logique. C'est en effet le vendeur qui supporte la commission d'un intermédiaire en cas de vente de gré à gré; pourquoi ne supporterait-il pas, dans les ventes aux enchères, ce qui constitue la charge usuelle de la recherche d'un amateur? Au demeurant, le vendeur est libre de fixer son budget d'organisation de la vente publique et de moduler ainsi l'ampleur de ses frais.
Et après la vente publique?
Quand l'acquéreur a-t-il la jouissance de son bien? En d'autres termes, quand peut-il entrer dans les lieux ou, si ceux-ci sont occupés, quand peut-il toucher les loyers? Dès le paiement complet des frais et du prix, c'est-à-dire le plus souvent six semaines après l'adjudication définitive.